UN SECOND CHIEN POUR TRAITER L’ANXIÉTÉ DE SÉPARATION ?


Actualités scientifiques, réflexions, idées, Thérapies comportementales / lundi, décembre 20th, 2021
 
Il y a de nombreuses croyances autour des problèmes comportementaux liés à la solitude/séparation (que je vais nommer ici PCS). On pense qu’ignorer un chien avant et/ou après le départ, le faire dormir dans une autre pièce que la chambre et réduire les contacts physiques, sont des solutions à ce problème. Parmi les questions qu’on me pose le plus lors de consultations pour des PCS, il y a celle-ci : « est-ce qu’un autre chien pourrait aider ? ».
 
Aucune réponse tranchée ne peut être apportée à cette question. Comme pour la plupart des autres conseils cités ci-dessus, on manque cruellement de données empiriques pour confirmer ces liens. De plus, le peu d’études qui mentionnent ces facteurs n’ont pas trouvé d’association significative avec les PCS. Par exemple, une étude (1) publiée en février 2021 n’a trouvé aucun lien de causalité entre la nature des interactions au départ et à l’arrivée du gardien et le développement de PCS.
 
Très franchement, je réponds généralement à cette question en me basant sur des anecdotes. J’explique aux gens que ça peut aider, comme ça peut avoir l’effet contraire – et qu’il est donc impossible d’anticiper. Je suis persuadée que sans la présence de mes chiens, qui vivent très bien les séparations, travailler la séparation/solitude avec Snowee aurait été bien plus difficile que ça l’a été. Dans certains cas, l’arrivée d’un nouveau chien dans le foyer a vraisemblablement beaucoup aidé celui qui présentait des PCS, alors que pour d’autres, ça n’a eu aucun effet. On peut même se demander s’il n’y a pas un risque de contagion ; le nouveau chien, surtout s’il est plus jeune, peut-il imiter son compagnon ?
 

Des données scientifiques récentes

Une petite étude (77 chiens) publiée en Novembre 2021 (2) a étudié cette question. Les chiens ont été observés lors des absences routinières des gardiens au moyen de vidéo surveillance. Les chercheurs ont observé 32 chiens vivant seuls et 45 chiens vivant avec des congénères. Ils ont calculé le pourcentage de temps consacré à différents comportements (ex ; actifs, inactif…) et évalué les données démographiques (âge, sexe…), ainsi que d’autres variables pouvant influencer les problèmes liés à la séparation.
 
Globalement, les résultats indiquent que les chiens ne sont pas très actifs en l’absence de leurs gardiens, qu’ils soient seuls ou avec des congénères ; ils passent la majorité de leur temps à se reposer. Un point intéressant : les mâles étaient les plus susceptibles d’exprimer des comportements associés aux PCS ; aboyer, s’allonger près de la porte. Les aboiement étaient plus fréquents chez les mâles qui vivent avec des congénères, ce qui va à l’encontre de l’idée selon laquelle les chiens vivant à plusieurs sont plus calmes durant les absences. Ces aboiements étaient d’ailleurs plus intenses dans l’heure qui suivait le départ du gardien.

Toujours pas de réponse

Concernant la présence d’un congénère, l’étude n’a montré aucune différence significative entre le groupes multi-chiens et le groupe des chiens seuls. Les auteurs concluent : « Les chiens vivant seuls sont globalement plus calmes ; ils se reposent plus et aboient moins. Nous ne confirmons pas l’hypothèse selon laquelle un foyer multi-chiens faciliterait la gestion des absences. Des recherches plus approfondies sont nécessaires, néanmoins, nos données suggèrent le contraire. »
 
C’est une petite étude et la seule qui s’est entièrement penchée sur cette question (à ma connaissance). Ce que je veux vous expliquer aujourd’hui, c’est qu’il faut faire attention aux conseils et croyances concernant certains problèmes comportementaux, comme celui de l’anxiété de séparation. Lorsqu’il n’y a pas suffisamment de données empiriques pour appuyer certains de ces conseils, il n’y a pas vérité absolue et indiscutable. Cette question est un bon exemple. Nous n’avons pas de réponse car les résultats de cette étude ne sont pas statistiquement significatifs (ex: on ne note pas une différence suffisamment importante) et l’échantillon de population est relativement petit. D’où l’importance de bien lire les études et d’écarter nos biais de confirmation. En attendant que la science nous éclaire un peu plus, traitons cette question avec précaution.
   
  
 

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