NEIL ET HENDAL – LE BESOIN DE SÉCURITÉ


Portraits / mardi, mai 24th, 2022

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Je vais vous raconter une partie de l’histoire de Neil et Hendal, car elle ouvre quelques réflexions qui me semblent importantes et que je voudrais partager avec vous. Une histoire qui met en évidence le besoin de sécurité des chiens.
 
Neil et Hendal sont deux Fox-terriers, âgés de 5 et 10 ans respectivement. Hendal est le père de Neil. C’est un chien calme, qui n’a jamais été problématique d’après sa gardienne. Neil est plus nerveux. Son humaine le décrit comme étant plus difficile, plus énergique et plus sensible que son père. Cette dernière m’a contacté, car depuis quelques mois, Neil se montrait ‘réactif’ face à ses congénères en promenade. Sa gardienne s’isolait de plus en plus socialement et elle le vivait mal.
 
Cela fait environ 6 mois qu’il aboie et grogne lorsqu’il rencontre des congénères. Il est également très insistant dans ses comportements de jeu avec Hendal et il y a eu quelques bagarres. Avant cela, Neil n’avait jamais exprimé ces comportements. Il a toujours eu un contact facile avec ses congénères, il était joueur et il pouvait les ignorer sans problème lorsqu’une rencontre était impossible.
 
Des changements de comportement de ce type, qui se produisent à l’âge adulte, doivent nous alerter. Dans beaucoup de cas, ils sont associés à des problèmes de santé. C’est pourquoi il est indispensable de chercher à comprendre leur cause. Pour Neil, cette hypothèse a repidement été écartée, car ce sont des vétérinaires qui ont envoyé sa gardienne vers moi, après avoir fait des examens. Cela m’a donc amenée à questionner des changements de vie et des expériences difficiles. Une autre cause potentielle de changements de comportement.
 
La petite famille a vécu des évènements difficiles ; le décès du mari avec qui Neil était très proche, un déménagement, une nouvelle routine et Hendal qui était très affaibli par une maladie cardiaque. Neil a perdu plusieurs éléments sécurisants, ses piliers se sont effondrés. Cette perte de repères et l’insécurité qui peut en résulter, ont très certainement contribué au développement d’un trouble anxieux qui le rendait plus réactif.

Hiérarchie des besoins du chien


Le besoin de sécurité

Je pense que cela ouvre une réflexion importante sur le besoin de sécurité du chien. Du point de vue de ses relations notamment. Neil a commencé à exprimer des comportements plus ‘réactifs’ quand Hendal a montré des signes de fatigue. Avant cela, il avait perdu une figure d’attachement majeure et vécu de grands changements de vie. J’ai réfléchi à ce que Hendal pouvait procurer à Neil. On considère que les jeunes chiens prennent les plus vieux comme référents. Neil a toujours connu Hendal et il a vécu toutes ses expériences de vie aux côtés de cet être plus serein et expérimenté. Soudainement, Hendal faiblit et il ne sort plus beaucoup. La réactivité de Neil était très probablement liée au sentiment d’insécurité causé par ces difficultés.
 
Il n’y a pas que dans ses relations qu’un individu a besoin d’être sécurisé. Son environnement de vie, ses activités quotidiennes, sa routine. Neil et Hendal ont vécu de nombreux changements de vie. Il n’est pas impossible qu’Hendal ait été affecté par ces changements, mais Neil a exprimé ses difficultés de manière bien plus problématique pour leur gardienne. Ce qui nous a permis de nous rencontrer et d’en discuter.
 
Bien que le lien entre ces changements de vie et la réactivité de Neil paraissent évidents, sa gardienne n’avait pas imaginé que cela pouvait autant influencer ses comportements. Le chien est souvent vu comme un être résilient, qui a une grande capacité d’adaptation et qui est plutôt stable d’un point de vue émotionnel. On l’expose à un mode de vie complexe et parfois très changeant, sans toujours questionner ses besoins de stabilité. On oublie qu’il est une créature d’habitude, pour qui la routine et la répétition sont rassurantes. C’est une réflexion qui est centrale dans mon travail avec les chiens anxieux. La première chose que je propose généralement d’instaurer, c’est une routine simple et rassurante, avec de la répétition, du contrôle et la sécurisation dans les relations.
 
Pour Neil, mon hypothèse principale, concernant l’apparition des comportements problématiques, était la perte de nombreux repères sécurisants sur plusieurs mois, qui l’ont fragilisé émotionnellement. Neil a perdu un humain avec qui il passait beaucoup de temps et qui était une grande source d’affection, l’environnement de vie dans lequel il a toujours vécu, des lieux de promenade familiers et sa routine de toujours. Son ‘référent’ perdait ses forces, sa gardienne était dévastée et occupée à gérer tous ces changements de vie. Le plus gros du travail consistait donc à lui apporter plus de sécurité, le rassurer et le guider. Plus de présence et d’affection, des promenades plus faciles, une routine simple, des activités relaxantes, moins de changements – entre autres.
 
Quelques semaines plus tard, lors de ce rendez-vous de suivi, je trouve Neil et sa gardienne plus apaisés. Le fait d’avoir compris que Neil était en difficulté a modifié les attitudes de sa gardienne. Elle est maintenant plus à l’écoute, plus disponible et fait attention à ne pas le mettre en situation difficile. Il y a encore un peu de travail et il faudra du temps pour qu’il s’apaise plus, mais avoir considéré ses besoins de sécurité l’ont, semble-t-il, déjà grandement aidé.
 
C’est pourquoi je trouvais intéressant de partager cette histoire. Le besoin de sécurité est fondamental et pourtant, il n’est pas toujours bien comblé. C’est pour moi l’axe de travail central quand on cherche à aider un chien qui éprouve des difficultés émotionnelles. Il y a généralement beaucoup de choses que nous pouvons faire pour améliorer ces besoins et un professionnel peut vous aider à y réfléchir grâce à ses connaissances et sa ‘boite à outils’, si vous ne savez pas comment procéder.
 
Notez cependant que l’analyse comportementale nous permet de former des hypothèses, que nous testons à travers la mise en place d’un protocole de modification comportementale. Nous ne pouvons jamais être sûrs de ce qu’il se passe réellement dans la tête d’un chien et c’est à travers un long suivi que nous pouvons améliorer notre compréhension. Ce que j’expose ici n’est pas un diagnostic définitif, mais plutôt des réflexions que je souhaite partager.
 
Géraldine Merry
 
 

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