COMMENT LIRE ET COMPRENDRE UN ARTICLE SCIENTIFIQUE ?


Actualités scientifiques, réflexions, idées / dimanche, juin 5th, 2022

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Depuis quelques dizaines d’années, nos connaissances sur le chien domestique ont grandement évoluées, notamment grâce à l’intérêt grandissant que les scientifiques lui ont porté. Rester au fait des dernières études scientifiques est essentiel dans notre métier, car il est de notre responsabilité de baser nos décisions sur un savoir solide, objectif et actualisé. Or, comprendre les résultats présentés dans un article scientifique et avoir une lecture critique pour les évaluer sont des compétences qui s’apprennent. Voici quelques bases à prendre en compte.
 

Qu’est-ce qu’un article scientifique ?

 
L’objectif d’un article scientifique est de présenter les résultats d’une recherche dans une revue spécialisée – les lecteurs sont généralement des experts dans le domaine concerné. Le langage employé est donc le jargon scientifique, ce qui fait que ces articles ne sont pas très accessibles au grand public.
 
Le design et l’approche des études scientifiques peut considérablement varier ; par exemple, elles peuvent être qualitatives, quantitatives, expérimentales ou observationnelles. Elles peuvent être transversales, longitudinales, en double ou triple aveugle… Vous n’aurez pas forcément besoin de comprendre tous ces termes, mais ils peuvent vous aider à évaluer le design de l’étude et sa qualité. Par exemple, le terme double-aveugle signifie que le participant et l’expérimentateur, ne savent pas quel traitement est testé. Cela limite l’influence que cette information pourrait avoir sur les résultats (limite les biais).
 
🔎 La convention scientifique veut que les publications suivent le format IMRAD (en anglais) :
 
Introduction: elle sert généralement à présenter la littérature existante sur le sujet. Les auteurs identifient et évaluent les précédentes recherches. Elle met en avant les questions qui nécessitent d’être étudiés et les raisons qui ont poussé les auteurs à faire l’étude.
 
Methodes: cette section présente la méthodologie. Elle détaille comment la recherche a été menée, sa conception, la démographie des participants, les outils statistiques, etc.
 
Resultats: les résultats sont présentés de manière impartiale, avec des statistiques et graphiques. Cette section ne contient donc pas d’interprétation ou d’opinion.
 
Discussion: elle comprend l’analyse des résultats, met en avant les faiblesses de l’étude, les questions que les résultats ouvrent. Les auteurs expliquent ce que les résultats signifient pour eux.

 
🔎 Les autres sections sont :
 
L’abstract: qui est un résumé de la recherche et des résultats.
 
La section Acknowledgements (remerciements): qui indiquent généralement comment la recherche a été financée et donc, s’il y a un conflit d’intérêt. C’est souvent le cas lorsque la recherche sur un produit est financée par le groupe industriel qui le produit.
 
Une liste de références: qui contient toutes les études citées dans l’article. Cela vous permet de lire les études similaires afin de bien comprendre l’état des connaissances sur le sujet.
 

Différents types d’études

 
Dans les études qui concernent les animaux, que ce soit en médecine vétérinaire, en éthologie ou autre, vous remarquerez que certains types d’études apparaitront souvent. En voici quelques exemples, avec les termes en anglais:
 
Meta-analysis (meta-analyse): Lorsque plusieurs études concernant le même sujet sont disponibles, les résultats peuvent être combinés pour créer une synthèse statistique des études incluses.
 
Systematic review (revue systématique): elle rassemble plusieurs études menées sur une question précise. La qualité de chaque étude est évaluée et les données des résultats sont récoltées. Une conclusion sur la question étudiée est proposée, basée sur l’évaluation critique des résultats.
 
Case control study (étude cas-témoins): elle implique d’étudier et de comparer deux groupes. L’une a une particularité que l’on souhaite étudier (maladie, comportement…), l’autre n’a pas cette particularité. Le second est donc un ‘control group’ (groupe de contrôle). Les possibles facteurs qui peuvent influencer ces différences sont examinés. Ce type d’études est particulièrement utile pour déceler des facteurs de causalité et de risques.
 
Cohort study (étude de cohorte): des participants qui partagent des caractéristiques précises sont étudiés pour une période déterminée. Des données concernant ces caractéristiques sont récoltés à différents moments.
 
Case series (série de cas): une description d’un groupe d’animaux qui présentent le même problème.
 
Case report (étude de cas): une description d’une condition chez un seul animal.
 

Évaluer la qualité de l’article de manière critique

Parmi toutes les informations qu’il faut prendre en compte pour former une opinion sur la qualité d’une étude et ses résultats, voici quelques points importants et les questions essentielles, les plus accessibles aux non-scientifiques :

🔎 Y a t’il d’autres articles sur le même sujet et si oui, quelles sont leurs conclusions ?
Plus il y a d’études qui confirment une hypothèse, plus cette information est fiable. S’il n’y a qu’une seule étude disponible, qu’elle a de nombreuses limitations ou qu’il y a d’autres études aux résultats contraires, il vaut mieux faire preuve de circonspection vis à vis des résultats de cette étude.

🔎 L’article est-il peer-reviewed?
Cela veut dire qu’un comité d’experts de la discipline sur laquelle porte l’article, des pairs, l’ont validé pour publication dans la revue.

🔎 Avoir conscience de ses propres biais
Si on cherche à confirmer une opinion, on va avoir tendance à interpréter les données en fonction de ce qu’on cherche à confirmer. Cela s’appelle un biais de confirmation. Il est très fréquent de lire des articles scientifiques dans le but de confirmer une opinion qu’on a pu se faire sur un sujet. L’interprétation des résultats peut être bien différente en fonction de nos biais, qu’ils soient conscients ou inconscients.

🔎 Différencier association et causalité
Lorsqu’il y a une association significative entre deux facteurs étudiés, cela ne veut pas dire qu’il y a un lien de causalité. Par exemple, s’il y a une association significative entre un comportement et un facteur environnemental, cela ne veut pas dire que l’un cause l’autre. Tous les potentiels facteurs influençant le comportement ne sont pas forcément pris en compte dans l’étude. Il faut donc plutôt lire ; tel facteur environnemental augmente la probabilité que tel comportement soit exprimé.

🔎 La taille du groupe étudié
Beaucoup d’études menées sur des individus comprennent un échantillon de population ; le nombre de participants ou d’individus étudiés. Une étude avec un petit échantillon peut être très intéressante, néanmoins, plus l’échantillon est grand, plus les résultats sont significatifs. On considère qu’un petit échantillon de population est une limitation.

🔎 Le type d’échantillonnage
De nombreux biais peuvent être introduits dans les méthodes d’échantillonnage. Par exemple, si j’étudie l’influence des méthodes d’éducation sur le bien-être du chien et que je recrute des participants sur un forum d’éducation positive/traditionnelle, les réponses de ces personnes risquent d’être fortement influencées par leurs opinions – biais. Ils peuvent avoir tendance à exagérer une observation/expérience parce qu’ils sont convaincus que c’est la bonne réponse à apporter.

🔎 Attention aux extrapolations
Beaucoup commettent l’erreur de généraliser des résultats d’une population à une autre. Pour ce qui est des sciences du comportement canin, il y a des influences culturelles et environnementales qui peuvent fortement influencer certains résultats. Par exemple, les relations humain-chien seront différentes de culture en culture. C’est un animal qui a une plasticité comportementale incroyable et qui a su s’adapter à des modes de vies très différents, dans des cultures et des environnements très variés. Extrapoler est possible, mais il faut le faire avec précaution.

🔎 Les variables étudiées
De nombreux facteurs environnementaux, humains et démographiques peuvent influencer l’expression comportementale d’un chien. Ils ne sont pas toujours TOUS pris en compte dans ces études. Si on étudie le lien entre un facteur et un comportement, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’autres facteurs qui peuvent l’influencer aussi.

🔎 Les limitations de l’étude
Dans chaque article, les auteurs identifient les points faibles de leur étude. Ces limitations sont généralement dans la section ‘discussion’. Ils identifient les erreurs, les faiblesses dans la méthodologie, les possibles biais des chercheurs ou participants, etc. Là aussi, elles nous permettent d’évaluer la qualité de l’étude et la fiabilité des résultats.

Article co-écrit par Géraldine Merry vox canis et Anaïs Dethou – Comportement Canin


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