LA SOCIALISATION EN PÉRIODE DE CONFINEMENT


Education canine, Éthologie canine / samedi, mars 28th, 2020
Cette situation inédite causée pour la crise sanitaire, rend-elle la socialisation des chiots plus difficile qu’en temps normal ? Cet apprentissage est crucial pour le bon développement des chiens. Il pose les fondations de leur bien-être émotionnel.
 
Vous êtes nombreux à vous demander comment bien socialiser un chiot durant cette période. Sachant que nos sorties et contacts sont limités. Je vais donc répondre à deux questions qui m’ont été posées récemment : est-il possible de bien socialiser un chiot durant cette période de confinement et peut-on remédier à une socialisation déficiente ?

La socialisation

Les interactions précoces d’un individu avec l’environnement et les individus qui l’entourent, sculptent ses traits psychologiques et comportementaux. Cette période joue un rôle très important pour sa future vie sociale, sa capacité d’adaptation et sa confiance. La socialisation fait référence à l’adaptation à un environnement social. La familiarisation concerne surtout l’habituation à un environnement physique. Cela dit, les deux termes peuvent être utilisés – je parlerai de socialisation.
 
La période ‘critique’ de socialisation d’un chien s’étend environ de 2-3 semaines à 6-8 semaines. À cet âge, les chiots sont peu méfiants, car ils ne ressentent pas de peur. Et ce qu’ils découvrent a peu de chances d’être associé à des expériences déplaisantes. Cela change à partir de 5-6 semaines ; ils commencent à ressentir de la peur et ils sont de plus en plus méfiants. La socialisation se poursuit pendant plusieurs mois, mais le plus gros du travail doit être fait avant les 12 semaines. Si ce n’est avant !

Les effets d’une socialisation inadéquate

Les chiens doivent être exposés à un environnement stimulant, permettant un éveil sensoriel adéquat. L’isolement social et un environnement pauvre en stimuli, peuvent être néfastes. Pour certains scientifiques, passé 12 semaines, les effets d’une socialisation inadéquate sont irrémédiables. On parle d’ailleurs souvent de syndrome de privation sensorielle. Ces chiens, pour la plupart, deviennent extrêmement sensibles aux stimuli sensoriels et non-familiers. Cela peut causer de la peur/phobie, une anxiété généralisée et une grande difficulté à s’adapter.
Eveil sensoriel des chiots, à commencer dès qu’ils explorent leur environnement
 
Si le chiot n’a pas été exposé à une multitude de stimuli et qu’il n’a pas côtoyé grand monde, il est souvent possible d’y remédier avant ses 12 semaines. Après cela, on entamera plutôt un travail thérapeutique, visant par exemple, à désensibiliser le chien aux stimuli qui génèrent des réactions (émotionnelles et comportementales) négatives.
 
Ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’une période d’isolement et un manque de stimulation après la période critique de socialisation sont tout aussi néfastes. Sur les études menées, on parle généralement de plusieurs mois. Sur des périodes plus courtes, il ne semble pas y avoir d’effets négatifs. Quelques semaines avec beaucoup de compagnie et avec des sorties quotidiennes durant lesquelles on peut toujours croiser des gens et des chiens (en respectant les mesures barrières), ne devraient pas avoir un impact négatif sur la socialisation.

Comment faire en sorte que la socialisation se passe bien durant le confinement ?

Il y a une bonne nouvelle dans tout ça ; la stimulation sensorielle est ce qui influence le plus la qualité de la socialisation du chien. C’est quelque chose auquel on peut très bien répondre pendant cette période de confinement. Récemment, j’ai posté un article qui expliquait que les résultats de récentes études ont montré que les chiots qui grandissent dans un environnement familial sont plus confiants et moins craintifs que ceux issus d’élevages en chenil. La raison est que l’environnement familial est bien plus riche en stimuli (sauf quand l’environnement du chenil est très bien enrichi). Voilà donc la clé d’une bonne socialisation ; exposer le chiot à tout plein d’objets, de textures, de sons, d’odeurs, afin qu’il s’adapte bien à la nouveauté et qu’il apprenne à gérer ses émotions face à cela. Les interactions entre congénères (fratrie, autres chiens de l’élevage ou de la famille) et avec des humains doivent évidemment être maintenues et générer des expériences positives. Tout cela va beaucoup influencer leur adaptation en milieu familial.
 
Deuxième bonne nouvelle, si vous avez un chiot de plus de 8 semaines, vous pouvez continuer à sortir et donc, créer des expériences positives quand il voit des personnes. Il peut côtoyer des chiens brièvement, tant que vous respectez les mesures barrières avec les humains.
 

Vous avez actuellement des bébés que vous devez socialiser  ?

– Proposez-leur des petits parcours sensoriels, plein de textures sur lesquelles ils peuvent marcher, des objets qui font du bruit, des petits tunnels à traverser, etc.
– Manipulez-les physiquement pour les préparer aux visites chez le vétérinaire et aux soins quotidiens.
– En terme de sons, jouez-en sur YouTube : des gens qui parlent, des bruits de la ville, des feux d’artifice…
– Allumez une télé pour qu’ils puissent voir des gens (oui, je sais, ça n’est jamais aussi bien que de vraies rencontres).
– Vous pouvez aussi vous déguiser, en mettant des chapeaux, un manteau à capuche ou en marchant avec une canne.
 
Parcours pour chiots, enrichissement du milieu. Photo de Dogs for the Disabled
Et pour finaliser la socialisation d’un chiot que vous venez d’adopter (à 8 semaines, vous devez continuer le travail de socialisation), vous pouvez sortir autour de chez vous et associer tous les stimuli extérieurs à de bonnes expériences. Voir des chiens/personnes à distance tout en créant une bonne expérience permettra de limiter la casse en terme de socialisation congénères et humains – même si ce sera la carence la plus importante durant cette période.

Qualité vs. quantité

Attention tout de même à toujours privilégier la qualité à la quantité. C’est très important. Rien ne doit être forcé ; ces expériences doivent toujours être positives pour le chiot. Le laisser explorer de lui-même et faire en sorte qu’il trouve des petites récompenses. Ne pas l’exposer à trop de choses d’un coup. Ne pas le forcer à faire ce qu’il n’ose pas faire.

Les expériences négatives ont un impact fort. Au contraire, des expériences très positives, même si elles sont limitées peuvent également avoir un impact très fort. Donc là encore, si votre chiot ne côtoie pas beaucoup de personnes/chiens, mais que lorsque c’est le cas ça se passe extrêmement bien, cela influencera très positivement la socialisation.

Socialisation tardive ?

La socialisation est un processus qui continue longtemps après 12 semaines, mais sur la base qui a été posée avant. L’effet des méthodes citées ci-dessus est de moins en moins important. Il est surtout question d’améliorer l’état émotionnel de l’animal, de lui faire faire des activités qui lui donnent confiance en lui, de travailler sur chacune de ses peurs et l’aider à être moins sensible à la nouveauté. Par exemple, avec des exercices quotidiens visant à rendre des objets nouveaux très intéressants et les coupler à des expériences très sympas, comme dans les exercices cités plus haut.
 
On peut donc continuer à socialiser un chiot de plus de 12 semaines. Cependant, s’il est déjà craintif à cet âge, il le sera certainement toute sa vie. Ses futures expériences (et le travail que vous ferez pour l’aider à mieux gérer et mieux s’adapter) influenceront beaucoup l’intensité de ses craintes.

La solitude

C’est l’apprentissage qui sera le plus difficile en cette période et c’est ce qui m’inquiète le plus. Je publierai un article sur ce sujet cette semaine.